Dinan : sa compagne est décédée après avoir accouché à la maternité, il porte plainte.

La jeune femme est décédée d’une hémorragie quelques heures après avoir donné la vie à son deuxième enfant, à la maternité de Dinan. La tête du bébé demeurait bloquée et l’obstétricien a décidé de procéder à une césarienne quatre heures plus tard.

« Cela aurait dû être un des plus beaux jours de notre vie. C’est devenu le pire », déplore David* qui a perdu sa compagne le 5 mai 2019. Le couple avait décidé, pour la seconde fois, de faire naître son enfant à la maternité de Dinan. A quelques kilomètres de leur maison neuve, où ils avaient emménagé le 23 décembre, à la campagne. « Que du bonheur en perspective », glisse la maman de David qui vient tous les jours avec son mari soutenir leur fils accablé par le drame et le seconder dans sa mission de père, désormais seul.

Maïwen* a accouché à la maternité de Dinan à 15h11, le 4 mai. Elle était rentrée à l’hôpital la veille à 18h.

David* qui l’avait rejointe à 5h du matin raconte : « La péridurale ne fonctionnait pas, elle sentait les contractions. Il en avait été de même pour notre premier enfant, il y a cinq ans et demi. Alors, on ne s’alarmait pas. La tête de notre bébé a commencé à bloquer et cela a duré quatre heures. Le gynécologue de garde a donc décidé de procéder à une césarienne à 14h30. »

Elle avait très mal au ventre

L’opération s’est bien passée, le couple a pu se réjouir ensemble de la naissance de son petit garçon. La maman l’a allaité.

Sa grande sœur de cinq ans et demi a pu le découvrir par vidéo, ne pouvant être présente, en raison des restrictions liées au Covid-19.

« A sa 3ème visite, le médecin a constaté que quelque chose n’allait pas. Elle souffrait terriblement lorsqu’il appuyait sur son ventre. Comme s’il s’agissait de contractions. »

Une hémorragie

Vers 17h, le papa, qui tient son nouveau-né dans ses bras, voit sa compagne partir vers le bloc chirurgical. Ils vient d’apprendre que Maïwen fait une hémorragie.

« L’attente est devenue interminable. Une sage-femme m’a rassuré. Puis le gynécologue m’a appris qu’il avait dû effectuer une ablation de l’utérus mais que l’hémorragie était stoppée. Il m’a également signifié que ma compagne serait transportée vers un centre de réanimation, Saint-Brieuc, Saint-Malo ou Rennes. »

Mais à minuit, soit une heure après avoir appris que l’état de sa compagne était « stabilisé », celle-ci fait une rechute. Un anesthésiste informe David que la situation est grave. Le jeune homme « ne tient plus debout » et doit s’allonger sur un lit lorsqu’il pense entendre « qu’on a choqué la patiente » autrement dit qu’on tente de la réanimer.

Transportée par ambulance

Vers 2h30, la jeune maman sera transportée par une ambulance du Samu à Pontchaillou. « Il m’a été dit qu’elle avait reçu dix poches de sang. »

« Une erreur a été commise »

C’est à 5h du matin que le jeune homme apprend, par téléphone, le décès de sa compagne, survenu une heure auparavant. Il se rend à Pontchaillou avec ses parents, la mère et le frère de Maïwen.

« Nous sommes cinq à pouvoir assurer que la médecin qui l’a prise en charge nous a dit qu’elle était intransportable. Qu’avant de conclure à son décès, une heure de massage cardiaque a été prodiguée. Selon elle, quelque chose s’est passé et dans un pays comme le nôtre, cela ne devrait pas arriver.»

Le motif du décès est officiellement une CIVD, une Coagulation Intra Vasculaire Disséminée, qui intervient le plus souvent, justement, lors de complications obstétricales.

Le 16 mai dernier, David a porté plainte à la gendarmerie de Dinan pour homicide involontaire. Il précise que sa compagne avait également fait une hémorragie, lors de son premier accouchement, mais sans commune mesure avec celle du 4 mai.

« Ma femme vit à travers mes enfants »

Maïwen avait 35 ans. « Elle croquait la vie à pleines dents », assure sa belle-mère.

« Elle aimait le football, comme moi. Nous allions ensemble voir les matchs à Rennes, mais aussi à Amsterdam ou encore en Angleterre. Elle aimait aussi les concerts », raconte David.

Cet électricien plombier chauffagiste de 34 ans reprendra le travail probablement à la rentrée lorsque sa fille retournera à l’école et qu’il aura une nourrice pour son bébé.

Il ne veut « pas se laisser dépérir. Il va falloir avancer, pour mes enfants. Ma femme vit à travers eux ».

C’est aussi pour eux qu’il dit porter plainte car « il faudra bien, un jour, leur dire ce qu’il s’est passé. Aujourd’hui, on ne sait pas ».

En colère contre l’hôpital

Lui et ses parents n’acceptent pas la version de l’hôpital qui prétend avoir respecté tous les protocoles.

« J’ai été reçu lors d’une réunion de médiation, vendredi dernier, soit cinq semaines après le décès de ma compagne. Auparavant, je n’ai eu que des appels téléphoniques, voire des courriels. Mais on ne m’a pas reçu pour des raisons de planning. »

Sa mère confirme : 

« Une cellule psychologique a été mise en place pour les soignants qui ont vécu ce drame. Mais rien pour nous, pour David et sa fille. Mon fils, malgré son chagrin, doit effectuer des tâches administratives d’autant plus nombreuses qu’ils n’étaient ni mariés, ni pacsés. »

« Donner la vie et la perdre aussitôt »

Le jeune homme attend désormais de disposer des dossiers médicaux de la mère de ses enfants pour tenter de comprendre. Il ne se résigne pas :

« On ne peut pas dire que c’est la fatalité. Donner la vie et la perdre aussitôt, c’est inconcevable. Je sais bien que ce type d’accident peut encore arriver, mais il faut tous les dispositifs pour l’éviter. »

Selon lui, « si l’hôpital avait été équipé d’un service de réanimation, elle aurait peut-être pu être sauvée. De précieuses minutes auraient été gagnées. »

Pour lui, comme pour sa mère, désormais, « cette maternité doit être fermée. Pourtant, nous nous étions réjouis lorsque les accouchements avaient pu reprendre, le 1er octobre dernier, après trois mois d’interruption**. Ma compagne était employée de cet hôpital. »

Une enquête sanitaire a été confiée au directeur du service maternité du CHU de Rennes, à la demande du groupement hospitalier de Territoire, Rance Emeraude.

Suite à nos demande d’entretien, la Direction des Centres Hospitaliers de Saint-Malo, Dinan et Cancale rappelle qu’aucune conclusion ne peut aujourd’hui être soutenue.

« Tout événement grave survenu dans un établissement de santé fait l’objet d’une déclaration auprès de l’ARS. Une RMM (Revue de Morbidité et de Mortalité) sera ainsi réalisée par des experts médicaux et des experts en méthodologie indépendants. Comme il l’a été indiqué à la famille de
cette patiente, la Direction a fait le choix de cette analyse du déroulement des événements par une équipe externe, alors même qu’elle pouvait la mener en interne. Seules les conclusions de cette analyse pourront être entendues. Un accompagnement de la famille de la patiente a été mis en place. La Direction et les équipes du Centre Hospitalier de Dinan partagent la douleur de la famille de cette patiente et restent disponibles à leurs côtés.
 »

* Tous les prénoms sont fictifs pour respecter l’anonymat souhaité par cette famille.

** Interruption causée en raison d’un nombre insuffisant de médecins anesthésistes pour sécuriser les accouchements.

REVUE DE PRESSE :

via ACTU.FR : https://actu.fr/bretagne/dinan_22050/dinan-sa-compagne-est-decedee-apres-avoir-accouche-a-la-maternite-il-porte-plainte_34348526.html

FRANCE 3 BRETAGNE : https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/dinan-plainte-contre-x-apres-deces-maman-maternite-1843198.html

FRANCE BLEU : https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/maternite-de-dinan-une-plainte-contre-x-apres-un-tragique-accouchement-1592402304

20 MINUTES : https://www.20minutes.fr/faits_divers/2802335-20200618-bretagne-plainte-contre-x-deposee-apres-deces-maman-venait-accoucher

LE TELEGRAMME : https://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/dinan/a-dinan-le-deces-d-une-maman-a-la-maternite-fait-l-objet-d-une-plainte-17-06-2020-12567595.php#:~:text=Une%20femme%20venant%20d’accoucher,hospitalier%20de%20Pontchaillou%2C%20%C3%A0%20Rennes.

La Disproportion Céphalo-Pelvienne (DCP)

La disproportion céphalo-pelvienne (DCP) est une complication de l’accouchement définie par un décalage de taille entre le bassin osseux de la maman et la tête de son bébé. Cela peut rendre l’accouchement par voie basse difficile, voir même impossible. 

La disproportion céphalo-pelvienne est responsable de complications graves sur la santé des femmes qui accouchent (rupture utérine, déchirures vaginales et anales) et sur la santé de leurs bébés entrain de naître (insuffisance d’approvisionnement en oxygène de son cerveau).

La tête du bébé est proportionnellement trop grande ou le bassin de la maman trop petit pour permettre à son bébé de passer à travers l’ouverture pelvienne

La survenue de complications pendant le travail comme une anomalie de la dilatation du col, un arrêt de la progression du bébé, la survenue d’anomalies du rythme cardiaque du bébé peuvent indiquer une situation de disproportion céphalo-pelvienne

Si le bébé maintient une position élevée, même après une quantité importante de contractions, cela pourrait indiquer que sa descente par le canal de naissance ne se fait pas. 

Elle peut être diagnostiquée durant le suivi de la grossesse par l’examen de la radiopelvimétrie.

en cours de rédaction

SOURCES

2011 Docteur O.TSVIELI et al : Risk factors and perinatal outcome of pregnancies complicated with cephalopelvic disproportion : a population-based study. Gynecology-Obstétric 285:931-936.

2010 Docteur D.MAHARAJ : Assessing cephalopelvic disproportion : back to the basics. Obstetric genecol Surv , 65 (6), 387-395.

ABC Law Centers : traumatic birth injuries.

Recommandations pour l’administration d’oxytocine au cours du travail spontané. Corinne Dupont (Lyon), Marion Carayol (Paris), Camille le Ray (Paris), Catherine Deneux-Tharaux (Paris), Didier Riethmuller (Besanc¸on)

WIKIPEDIA : https://fr.wikipedia.org/wiki/Disproportion_f%C5%93to-pelvienne

Disproportion foeto-pelvienne : le bébé décède le lendemain de sa naissance.

Une obstétricienne a été reconnue coupable d’homicide involontaire et d’avoir failli à ses obligations de par son attitude attentiste. Les tribunaux ont conclu que le décès de l’enfant était exclusivement imputable aux conditions du déroulement de l’accouchement.

Les faits

L’enfant est né à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et est décédé le lendemain. Il est né en état de mort apparente avec AGPAR à 0 à 10 minutes de vie.

13 jours avant le terme de sa grossesse, sa maman s’est présentée aux urgences de la maternité à 2h15 en raison de fortes contractions et de la rupture de la poche des eaux.

Elle présentait des antécédents de diabète gestationnel et une hypertension artérielle, ces deux éléments étaient connus et sous traitements conséquents. Le monitoring de surveillance du rythme cardiaque (RCF) du bébé est installé en permanence à partir de 2h45.

Il est considéré comme normal jusqu’à 4h15. De là une tachycardie fœtale (cœur qui bat trop vite) s’installe jusqu’à 6h15, heure à laquelle débute une bradycardie fœtale (cœur qui ne bat pas assez vite).

A 6h40 l’interne appelle l’obstétricien de garde qui décide d’une réévaluation de la situation dans une heure, et d’une discussion d’une éventuelle césarienne à ce moment venu.

A 9h15 des épisodes de rythmes cardiaques fœtaux plats apparaissent.

A 9h30 l’équipe de nuit est remplacée. Une obstétricienne débute sa garde et prends le relais. Elle est informée de la dystocie de démarrage du travail de la maman (anomalie du temps de la dilatation du col de l’utérus dès le début du travail).

L’obstétricienne remarque cependant que la dilatation du col progresse. Elle oriente sa décision vers la poursuite de l’accouchement par voie basse au vu des signes de la dilatation du col et ordonne l’augmentation de l’administration d’ocytociques par Syntocinon.

La sage-femme exprime alors son inquiétude auprès de l’obstétricienne au vu de la lente progression du travail ponctué d’oscillations péjoratives du rythme cardiaque fœtal (RCF) et lui pose la question de la césarienne.

A 10h, la maman de Yanis se voit donc poser une sonde urinaire et être rasée pour une éventuelle intervention chirurgicale d’extraction par césarienne de son bébé.

A 11h50, la bradycardie s’aggrave.

A 12h50 les battements cardiaques du bébé chutent à 60 battements par minutes.

Décision de l’obstétricienne de pratiquer une césarienne d’urgence.

A 12H56, arrivé au bloc opératoire les battements cardiaques fœtaux sont à 50 battements par minutes.

A 13h10 Yanis naît. AGPAR a 0 à 10 minutes. Il a été immédiatement transféré en réanimation à l’Hôpital Trousseau où une acidose métabolique majeure est diagnostiquée, avec un taux de lactates à 4h de vie extrêmement élevé à 28,5 mmol/L.

Yanis est décédé le lendemain de son arrivée en réanimation d’une anoxo-ischémie majeure.

Le jugement

Le Tribunal Correctionnel, puis la Cour d’Appel et enfin la Cour de Cassation de Paris ont tous donné raison à la famille. Ils ont conclu que le décès de l’enfant était exclusivement imputable aux conditions du déroulement de l’accouchement et ont jugé l’obstétricienne coupable d’homicide involontaire sur la personne de Yanis, assorti d’une condamnation à 6 mois de prison avec sursis et à 4000 euros d’amende.

Le diagnostic final retenu au cours de l’expertise est la disproportion foeto-pelvienne.

L’obstétricienne est reconnue coupable d’avoir failli à ses obligations de par son attitude attentiste et pour s’être laissée induire en erreur par les effets tardifs et mécaniques de l’administration de Syntocinon.

Il est reconnu qu’elle a fait preuve de négligence et de ne pas avoir fait les soins appropriés eu égard de ses compétences spécialisées, au pouvoir et aux moyens dont elle disposait.

L’obstétricienne agissait en sa qualité de senior responsable de l’équipe de jour. Il est reconnu sa faute de ne pas avoir procédé à une lecture minutieuse de l’ensemble du tracé du RCF qui présentait de nombreuses anomalies depuis 4h15 et qui n’ont eu de cesse de se poursuivre et de s’être bornée à différer l’extraction de l’enfant jusqu’a la toute dernière extrémité.

Enfin il est reconnu par la Cour l’authenticité du caractère pathologique du RCF, relaté et interprété par divers intervenants comme étant de simples anomalies transitoires et d’ailleurs consignées ainsi dans le dossier médical de l’enfant.