Romain Portal, compagnon de la maman et père de leur bébé, tout deux décédés à la maternité de Decazeville : «Je ne lâcherai rien».

Romain Portal, le compagnon de la maman décédée à la maternité de Decazeville, et le père de leur bébé, décédé lui aussi, s’est porté partie civile afin d’avoir accès aux conclusions de l’enquête. Il veut savoir pourquoi une césarienne n’a pas été pratiquée alors qu’elle a été demandée par le couple durant l’accouchement.

Que savez-vous des circonstances de la mort de votre compagne et de votre bébé ?

À l’heure actuelle, je n’ai eu accès à aucun compte-rendu. Je ne suis au courant de rien officiellement. J’ai seulement lu dans «La Dépêche du Midi» que les conclusions évoquaient une embolie amniotique. J’attends toujours des réponses, notamment de l’hôpital. c’est très frustrant.

Pourquoi avez-vous décidé de porter partie civile ?

Je souhaite avoir accès au dossier pour connaître la vérité. Je veux savoir ce qui s’est réellement passé, pour que justice soit faite. Je verrai ensuite avec mon avocat, Me Benayoun, quelles suites judiciaires donner à l’affaire.

Est-ce que ce «flou» vous empêche d’avancer, de faire votre deuil ?

Le deuil, il faut vivre avec. Ce n’est pas facile tous les jours. J’ai recommencé une activité professionnelle, qui me conduit à passer régulièrement devant l’hôpital de Decazeville. À chaque fois, c’est dur. Tant que les choses ne seront pas clarifiées, ça va être difficile à encaisser.

Huit mois après les faits, comment vous sentez-vous ?

J’ai des doutes, surtout. Quand j’entends tout ce qui se dit, je ne trouve pas ça réel. Qu’est ce qu’il s’est passé ? Pourquoi sont-ils morts ? C’est une question que je me pose tous les jours. On ne peut pas oublier. J’ai le sentiment que de grosses erreurs ont été commises. Si c’est le cas, les responsables doivent être sanctionnés. Dans le milieu médical, il y a des choses qui m’ont choqué. C’est pour ça que je me bats.

Qu’avez-vous constaté, lors de l’accouchement ?

J’étais présent du matin jusqu’au moment du décès. J’ai vu des erreurs. On a eu beau essayer de se faire entendre, rien n’y a fait. Ça m’est resté en travers de la gorge. Ce n’était pas un manque de moyens, mais un manque de compréhension de la part de l’équipe soignante.

Quand on est prêt à dire qu’il faut faire une césarienne parce que rien ne va plus, et qu’on nous répond «Attendez, on verra demain matin si ça va pas mieux», pour moi c’est une faute.

Il y a en a eu d’autres dans les jours précédents, des torts dans la prise en charge…

Quel est le message que vous avez envie de faire passer ?

Je ne lâcherai rien, un point c’est tout. S’il faut aller en justice, je le ferai. Pour défendre l’honneur de ma compagne et celui de mon fils.

Propos recueillis par Manon Haussy pour La Dépêche

REVUE DE PRESSE :

LA DEPECHE : https://www.ladepeche.fr/article/2017/06/27/2601656-romain-portal-je-ne-lacherai-rien.html



Anomalies du rythme cardiaque du bébé durant l’accouchement et césarienne trop tardive : son bébé en état de mort cérébrale décède.

Suite aux anomalies du rythme cardiaque de son bébé durant l’accouchement, elle reproche à l’obstétricienne un retard de décision de césarienne. En état de mort cérébrale, l’enfant est décédé une semaine après sa naissance.

Six mois après le drame, la maman revit sans cesse les événements. « J’ai de la colère, ça n’aurait jamais dû arriver cette affaire  » confie-t-elle.

Le coeur du bébé en difficulté

La nuit du 16 novembre 2019, Claire se rend à la maternité du centre hospitalier du Nord, à Koné. Elle attend son premier enfant, après une grossesse sans problèmes. Habitant à quarante minutes de là, le personnel soignant préfère la garder sur place. Le travail se déroule correctement jusqu’au lundi matin. Il est 8h50, sous péridurale, la future maman est en salle d’accouchement avec une sage-femme, et l’enfant semble engagé dans le bassin.

« Le cœur du bébé descend une première fois, donc elle me dit qu’elle va le stimuler, que c’est normal vu qu’il est en train de sortir donc c’est normal que son cœur descende un petit peu. Donc moi je fais confiance. Elle m’a dit ne t’inquiète pas, ça va se faire naturellement, tu n’as pas besoin de césarienne, c’est le protocole, on veut que tu accouches naturellement » raconte Claire. 

Une césarienne en urgence 

Le rythme cardiaque du bébé remonte mais quelques minutes plus tard, il présente une nouvelle fois des signes de faiblesse. Avec cette seconde alerte, la gynécologue intervient.

« Elle a voulu me faire une échographie, son échographe n’a pas démarré. Après, elle a repris le monitoring pour essayer de chercher son cœur en sachant que son cœur descendait bas. Donc je ne sais pas, tu prends la décision, tu n’attends pas encore dix minutes sachant que son cœur était déjà descendu une première fois. La gynécologue décide de m’emmener en césarienne en urgence et ils font sortir mon bébé; son cœur ne bat plus« .

Une pédiatre parvient à faire repartir le coeur, après plusieurs minutes d’intervention. La mère et le petit garçon sont envoyés au Médipôle, à Nouméa. Une semaine plus tard, le verdict tombe.

Notre fils est en mort cérébrale. Tout le côté organes fonctionnait mais tout le côté cerveau, qui puisse le faire vivre, était mort. C’était irréversible, donc il allait falloir l’éteindre, il n’y avait plus aucune chance pour mon fils.

Des réponses pour se reconstruire

Comment ce qui devait être le plus beau jour de sa vie, s’est transformé en cauchemar ? Pour avoir des réponses, elle a porté plainte. « Je veux que justice soit faite pour mon fils. De toute façon, on est obligés de reprendre le cours de notre vie mais tant que je ne saurai pas ce qui s’est passé, je n’arriverais pas à faire mon deuil« . 

L’enquête devra déterminer s’il y a eu faute de la sage-femme et de la gynécologue. Le directeur du centre hospitalier du Nord n’a pas souhaité répondre aux journalistes. Ce jour-là, Claire était la seule femme à accoucher à la maternité. 

REVUE DE PRESSE :

via FRANCE TV INFO : https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/province-nord/kone/deces-nouveau-ne-kone-maman-temoigne-837694.html

Accouchements traumatiques : accumulation de plaintes de victimes, dont trois décès, contre un même obstétricien.

L’un des bébés est décédé d’une anoxie cérébrale due à une souffrance fœtale consécutive à une procidence du cordon qui a donné lieu à une césarienne tardive, indique le rapport d’expertise. Les débats ont été tendus avec d’un côté les parents dénonçant l’acharnement du médecin à pratiquer l’accouchement par voie basse et de l’autre un gynécologue assurant avoir tout tenté.

Le docteur Frédéric Velu, gynécologue-obstétricien, a été condamné par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer à dix-huit mois de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction d’exercice pour avoir « par négligence ou manquement à une obligation de sécurité, causé involontairement le décès de Quentin« . Contestant toute faute médicale, le docteur Velu avait interjeté appel.

L’audience de la cour d’appel de Douai a fait apparaître des avis discordants sur l’expertise médicale qui avait conduit, en première instance, à la condamnation du médecin.

Madame Comyn etait enceinte de son quatrième enfant lorsque, prise de contractions, elle se rend à 4 h 30 à la clinique de la Tamise, à Calais. La sage-femme l’installe en salle d’accouchement, constate que le travail se déroule normalement et appelle le médecin d’astreinte, le docteur Velu, vers 5 h 15. Celui-ci arrive à 5 h 30.

Trois minutes plus tard, une bradycardie fœtale importante (ralentissement du rythme cardiaque) est détectée. A 5 h 38, le gynécologue découvre une procidence du cordon ombilical : le cordon est comprimé, ce qui entraîne une chute de la pression artérielle avec le risque de lésions cérébrales irréversibles, puis de décès du bébé. Chaque minute compte. Ce sont ces minutes écoulées jusqu’à la naissance de l’enfant par césarienne, à 6 h 25, dans un état de mort apparente, qui ont occupé la cour d’appel.

Querelles d’experts

Le bébé décédera des suites « d’une anoxie cérébrale due à une souffrance fœtale consécutive à une procidence du cordon qui a donné lieu à une césarienne tardive« , indique le rapport d’expertise.

Les débats ont été tendus avec, d’un côté, un couple dénonçant « le temps perdu et l’acharnement d’un médecin à vouloir pratiquer l’accouchement par voie basse« , et, de l’autre, un gynécologue assurant avoir « tout tenté« .

De niveau 1, la maternité de la Tamise ne disposait pas d’une équipe chirurgicale de nuit. Il fallait donc appeler, chez eux, anesthésiste, aide opératoire et infirmière-panseuse d’astreinte. « Le drame de cette affaire est qu’on a eu du mal à joindre la panseuse. Je me suis rendu compte qu’on aurait des difficultés à réaliser rapidement la césarienne, alors j’ai tenté de poser un forceps« , a expliqué le docteur Velu.

« Je l’ai supplié de me faire une césarienne, mais il ne m’écoutait pas« , se souvient Mme Comyn. L’un des experts, le docteur Jean-Claude Loisel, a fait valoir que la césarienne est « la règle en cas de procidence du cordon«  et que la tentative de procéder par voie basse était « une erreur«  qui a contribué à retarder la césarienne. 

« En cas de procidence du cordon, tenter la voie basse est tout à fait justifié en attendant la césarienne, cela peut réussir dans 25 % des cas« , a estimé, pour sa part, le professeur Francis Puech, gynécologie-obstétricien et président de la commission nationale de la naissance créée en 2004 par le Ministère de la Santé.

Regrettant qu’une « contre-expertise n’ait pas été demandée en son temps », l’avocate générale, Catherine Champrenault, a refusé d’entrer dans cette « querelle d’experts«  et a requis la confirmation de la peine prononcée en première instance. « Il y avait une solution pour sauver ce bébé, elle n’a pas été mise en oeuvre suffisamment tôt« , a-t-elle insisté, ajoutant : « J’éprouve pour (les parents) une infinie compassion et je partage avec eux leur sentiment que la mort de Quentin aurait pu être évitée.« 

Maître Frank Berton, avocat du docteur Velu, a dénoncé « la dérive incroyable de la mise en responsabilité des médecins : on ne fonctionne plus que sur l’émotion et l’affectif, et plus sur la science et le droit« . Réclamant la relaxe de son client, il a estimé qu’il n’était « pas possible de faire peser sur le docteur Velu la responsabilité pénale du délai nécessaire (…) à la réalisation de la césarienne. Sinon, c’en est fini de la profession de gynécologue-obstétricien« . Arrêt le 26 juin.

D’autres familles ont contacté la famille Comyn pour dénoncer les agissements du Docteur Velu

Ces affaires sont distinctes, mais d’autres familles reprochent au docteur Velu son attitude pendant leurs accouchements. Il lui est également reproché des épisiotomies mal faites ou des sutures réalisées en costume de ville.

Dans la plainte au civil de la famille Noël : leur fils Louis est né sans jambes, sans que le médecin ne l’ait remarqué sur aucune des huit échographies. La responsabilité du médecin pourrait être aussi revue dans le décès de Valérie Debruyne et de sa fille Océane lors de l’accouchement, survenus cinq mois avant le décès de l’enfant de la famille Comyn.

Les experts n’ayant pas réussi à déterminer la cause exacte de la mort, le médecin et la clinique ont été relaxés, mais devront comparaître en appel. La cour déterminera s’il y a eu faute lors de l’accouchement qui s’est soldé par les deux décès. Ainsi alors que la patiente était inquiète d’avoir dépassé le terme le docteur Velu lui aurait refusé une césarienne et serait parti en congé sans laisser de consignes.

Puis l’accouchement a été compliqué. L’équipe a perdu un temps précieux lors du transfert au bloc : la table d’accouchement ne passait pas la porte. Madame Debruyne est décédée dans la journée à l’hôpital où elle a été transférée pour hémorragie, sa fille Océane est décédée deux jours plus tard par manque d’oxygénation du cerveau. Son mari Stéphane est décidé à se battre jusqu’au bout : « La clinique n’est pas capable de gérer l’urgence. Ce qui est arrivé n’a même pas servi de leçon, c’est honteux, ils n’ont pas su se remettre en cause. Mon épouse aurait pu être sauvée. Il n’y avait pas de poches de sang pour les hémorragies. »

Une dizaine de témoignages en tout ont été envoyés à la famille Comyn et ont ainsi pu être versés au dossier.

« Nous n’avons jamais reçu de plaintes » , affirme le PDG de la clinique, Patrick Loez, qui a tout de même renvoyé le docteur Frédéric Velu.

« On ne s’est pas penchés sur ces lettres, on a centré l’enquête sur les diagnostics, indique- t- on au SRPJ de Lille. Même si on a vu qu’il y avait un problème avec ce médecin. »

Le Conseil de l’Ordre du Pas-de-Calais autorise le medecin a continuer d’exercer

Alerté deux fois, par la clinique et par la plainte de la famille Comyn, le Conseil de l’Ordre des Médecins n’a pas pris de sanction. « Il est classique d’attendre la décision pénale, affirme Marc Biencourt, président du Conseil de l’Ordre du Pas-de-Calais. Car il y a présomption d’innocence, et les experts de l’Agence Régionale de l’Hospitalisation ne le mettent pas en cause. » Ainsi le docteur Frédéric Velu a pu continuer d’exercer dans un cabinet de gynécologie à Liévin, et tenir aussi des consultations au CH de Lens.

DEPUIS HIER, on ne pratique plus aucun accouchement à la clinique de la Tamise, à Calais (Pas-de-Calais). Après une série de décès suspects et des dysfonctionnements signalés depuis plusieurs mois, l’agence régionale de l’hospitalisation (ARH) a décidé de suspendre pour un mois les activités chirurgicales et obstétricales. Depuis août dernier, trois nouveau-nés et deux jeunes femmes sont décédés dans ces services. « En attendant de savoir si un lien existe entre les problèmes de sécurité et les décès, nous fermons, explique Gérard Dumont, directeur de l’ARH. L’établissement devra se mettre aux normes. Nous avons constaté des problèmes de matériel et de locaux, notamment ceux du bloc opératoire. »

« La clinique n’est pas capable de gérer l’urgence »

La justice enquête également sur cette affaire. Le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert hier une information judiciaire contre X pour homicide involontaire. Vendredi dernier, la maman d’un nouveau-né, décédé la veille à la clinique, est morte à la suite de complications. Une plainte a été déposée, la troisième en six mois. « C’est un enchaînement d’accidents malheureux, justifie Gérard Dayez, directeur de cet établissement qui compte moins d’une centaine de lits. Ces événements, indépendants les uns des autres, relèvent de pathologies graves. Jusqu’à preuve du contraire, ils ne mettent pas en cause les maladies prodigués. » Cette clinique vieillissante, fondée en 1963, aurait toujours, selon ses responsables, bénéficié d’une bonne réputation. En décembre dernier, un gynécologue obstétricien avait pourtant été suspendu temporairement après le décès d’un bébé.

Stéphane Debruyne, 41 ans, qui a perdu sa femme et sa fille l’été dernier, est décidé à se battre jusqu’au bout : « La clinique n’est pas capable de gérer l’urgence. Ce qui est arrivé n’a même pas servi de leçon, c’est honteux, ils n’ont pas su se remettre en cause. Mon épouse aurait pu être sauvée. Il n’y avait pas de poches de sang pour les hémorragies. » Pour l’agence régionale de l’hospitalisation, basée à Lille, cette décision de fermeture est une première. « Le taux de mortalité périnatale dans la région est dans la moyenne nationale, c’est-à-dire assez faible, ajoute Gérard Dumont. Cette série d’accidents nous paraît anormale. » La clinique de la Tamise avait déjà été épinglée lors d’une inspection sanitaire de routine courant 2000. Les interrogations subsistent. Pendant le déroulement de l’enquête, les patients des services suspendus sont transférés dans d’autres hôpitaux de la région.

REVUE DE PRESSE :

via LE MONDE : https://www.lemonde.fr/societe/article/2006/05/04/querelle-d-experts-autour-de-la-mort-d-un-nouveau-ne_768186_3224.html

LIBERATION : https://www.liberation.fr/societe/2001/01/15/cinq-morts-suspectes-dans-une-maternite-de-calais_351021

LE PARISIEN : https://www.leparisien.fr/faits-divers/cinq-morts-suspectes-en-six-mois-a-la-maternite-calais-de-notre-correspondant-14-01-2001-2001890560.php

LA VOIX DU NORD : https://www.lavoixdunord.fr/art/region/calais-fermee-depuis-2004-la-clinique-de-la-tamise-ia33b48581n3301160

LE PARISIEN : https://www.leparisien.fr/faits-divers/cinq-morts-suspectes-en-six-mois-a-la-maternite-calais-de-notre-correspondant-14-01-2001-2001890560.php

20 MINUTES : https://www.20minutes.fr/lille/41100-20041207-lille-les-soupcons-planent-sur-le-gyneco

20 MINUTES : https://www.20minutes.fr/lille/4900-20060130-lille-l-ordre-blanchit-le-gyneco

20 MINUTES : https://www.20minutes.fr/lille/84082-20060503-lille-le-docteur-velu-met-en-cause-la-clinique-de-la-tamise

TÉMOIGNAGE D’UNE AUTRE VICTIME DU DOCTEUR VELU : https://aurorepascal.skyrock.com/2303219171-avi-au-futur-maman-qui-viendron-voir-mon-blog.html

Son bébé décédé in-utéro, elle demande une césarienne mais le médecin lui impose un accouchement par voie basse. Victime d’une rupture utérine, elle subit une hystérectomie.

J’ai perdu mon bébé et mon utérus car les médecins ont suivi un protocole qu’ils ont respecté à la lettre, en oubliant le danger, les risques, ou encore l’humain derrière. Depuis, je me bats pour marcher, sortir du lit, reprendre une vie normale alors que rien ne va dans mon corps, et que je ne suis que douleurs physiques.

Témoignage de Céline Schwarz, maman et auteure du blog Little Big Maman.

Je pourrais dire combien ma peine a été immense, à l’annonce de l’arrêt du petit cœur de notre Augustin. Parler de ma peur, de ma colère ou même de ma douleur. Mais il y a un élément médical qui a balayé tout cela, qui s’appelle : accouchement voie basse après 3 césariennes.

J’ai de suite demandé quand aurait lieu la césarienne. Et l’on m’a répondu, qu’en cas de mort in utéro, le protocole imposé était l’accouchement par voie basse. Que c’était mieux pour le deuil, que la césarienne c’était pour « sauver » l’enfant. Que la douleur sera maîtrisée et que le risque était minimal et surtout maîtrisé.

Je n’y ai pas cru… J’ai hurlé ma peur de la rupture utérine, j’ai rappelé que j’avais déjà eu trois césariennes. Mais pendant les 24h qui ont précédé le déclenchement, on me l’a systématiquement refusé. Le protocole…

Mon seul réconfort, c’était que mon mari et moi pourrions embrasser notre enfant. L’habiller, lui dire des mots d’amour, lui parler de sa famille… Mais j’étais terrorisée, j’avais peur. Non pas d’accoucher par voie basse, mais de la rupture utérine et des complications. Je l’ai encore et encore répété, sans JAMAIS être écoutée.

La pause de la péridurale a été quasi immédiate dès le départ du déclenchement. Mais n’a pas vraiment fonctionné et la douleur a été insoutenable assez souvent. L’anesthésiste est passé souvent.

Le déclenchement a fonctionné. Le travail s’est accéléré après la rupture de la poche des eaux. Je suis arrivée à dilatation complète. Évidemment, la journée a été longue et je fais un résumé assez rapide.

J’ai senti ce moment où l’enfant s’engage. J’avais mal, je l’ai signalé. C’était « normal ». On a installé les étriers, et j’ai commencé a pousser, dans une douleur insoutenable sans jamais être écoutée. La tête de mon Augustin est restée coincée à mi-chemin. Et d’autres médecins sages-femmes et anesthésistes sont venus prêter main forte.

On a sorti les spatules, trifouillé dans mes entrailles, comme on viderait un poulet en écartant ici ou là. La douleur était encore plus vive. En deux poussées, la tête de mon fils est sortie avec les spatules mais dans une violence et une douleur insoutenables. Puis impossible d’avancer plus, mon fils était bloqué. J’avais mal à droite. Je n’étais que douleurs.

Je les ai entendu chuchoter, je leur ai dit d’arrêter, de ne pas m’ignorer. Je regardais mon mari dans les yeux, et j’y voyais de la peur, de l’angoisse, et son amour. Puis j’ai entendu l’anesthésiste dire que si j’avais encore plus de produits, je risquais d’avoir les jambes paralysées. J’ai commencé à perdre connaissance. Je me suis réveillée le lendemain sous respirateur avec l’impression d’étouffer en réanimation.

La suite me vient du récit de mon mari.

Sédatée, j’ai été conduite au bloc. Opérée et césarisée, enfin du moins le pensait-il. Parce qu’en vrai je n’ai pas subi une césarienne, mais une chirurgie plus complexe. Un premier médecin, celle qui avait tenté l’extraction avec les spatules, en tremblant, lui a annoncé qu’on avait dû retirer mon utérus. Un second (le grand chef) quelques temps plus tard, réveillé en pleine nuit et venu prêter main forte, lui a dit qu’il venait de me sauver la vie, qu’il fallait le remercier.

Mon mari a vu rouge et il a hurlé « BRAVO BEAU TRAVAIL » dans les couloirs, avant de prendre nos affaires en salle de naissance et de quitter l’hôpital pour aller déposer plainte. Le procureur a été réveillé, il était 6 heures, et il a qualifié les faits.

Je ne sais pas comment mon mari a fait pour ne pas craquer, ne pas tout casser… Il ne savait pas où j’étais, ce qu’on m’avait fait exactement, ni si à ce moment là, j’étais vivante.

Pendant ce temps, pour moi, d’après ce que les médecins m’ont expliqué, ce fut chaotique. J’ai été réanimée, transfusée, mise en déchoquage aux urgences, en réanimation, puis en soins intensifs, avant de monter en chambre. Ce fut compliqué, j’ai dû retourner en soins intensifs, faire un blood patch, car la péridurale avait fait un trou et du liquide céphalo-rachidien s’échappait. J’avais une énorme bosse derrière le crane, digne de dessins animés. A quel moment m’ont-ils assommée?

Les dégâts ont été importants, mais j’en parlerai plus tard, quand j’irai mieux.

J’ai perdu mon enfant, mon utérus, et mon mari a failli perdre sa femme, mes enfants leur mère à cause d’un PROTOCOLE, qu’aucun médecin n’a voulu réfuter. Ils se sont tous enfermés dans le « c’est mieux pour le deuil » ou le « on maîtrise », sans se poser une seule fois la question, du poids de mon fils, ou si mes hanches permettaient son passage ou encore si ma cicatrice allait tenir. Non, pas une seule fois.

Je me sens mutilée. Un médecin qui rentrait de vacances, qui a pris le dossier en route, qui s’est excusé, a dit que ce que j’avais vécu était aussi violent qu’un attentat. Mon mari lui, dit qu’il a l’impression d’avoir pris un mur en voiture à 200 km/h. Le corps de mon fils l’a été aussi. Il avait une joue abîmée, et surtout ils lui ont cassé les deux épaules, pour le faire finalement passer en voie basse quand même, avant de m’opérer.

En quoi c’était mieux pour le deuil ?

Devait-on en arriver jusque là ?

Pourquoi ne nous ont ils pas écouté ?

Personnellement, je ne suis pas dans le deuil. J’ai vu mon fils 6 jours après, froid et avec les fluides qui commençaient à couler. Une vision terrible. Mais qu’il était beau.

Je me bats pour marcher, sortir du lit, reprendre une vie normale alors que rien ne va dans mon corps, et que je ne suis que douleurs physiques. Je ne suis pas dans le deuil, mais dans les soins. Il m’ont pris mon deuil. Ils ont arraché les derniers moments avec notre fils, avec autant de violence qu’ils en ont eu pour mon utérus.

Et je crois que le plus infâme, c’est qu’ils se sont protégés derrière un PROTOCOLE ; qu’ils ont respecté à la lettre, en oubliant le danger, les risques, ou encore l’humain derrière.

Mon Augustin ne méritait pas cela, Je ne méritais pas cela et mes enfants, mon mari, non plus…

Alors, oui, ils ont fait de notre deuil, une boucherie.

SOURCES :

LITTLE BIG MAMAN : https://littlebigmaman.fr/blog/2018/08/08/ils-ont-fait-de-notre-deuil-une/

LE HUFFINGTON POST : https://www.huffingtonpost.fr/celine-schwarz/jai-perdu-mon-bebe-et-mon-uterus-car-les-medecins-ont-suivi-un-protocole-denue-de-toute-humanite_a_23498453/

NOUVELSOBS : https://www.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20180828.OBS1475/mort-in-utero-on-a-contraint-celine-a-accoucher-par-voie-basse.html

Suspicion de macrosomie fœtale & accouchement déclenché : une maman victime d’une rupture utérine. Son bébé asphyxié et handicapé a plus de 90%.

La vie de Mounir et Camille s’est arrêtée le 4 décembre 2018 à la maternité de Lorient. La naissance de leur petite Fatiha a tourné au cauchemar après un accouchement difficile achevé par une rupture utérine. Le bébé a été asphyxié et est handicapé à plus de 90%.

Voilà dix mois que Fatiha est née, le 4 décembre 2018 à la maternité de Lorient (Morbihan). Il était 1 h 47 du matin. Sa vie et celle de ses parents, Mounir et Camille, ont basculé. Depuis, le quotidien de ces Parisiens se résume à quatre murs dans une chambre de l’hôpital de Vannes (Morbihan). Premiers regards, premiers sourires. Il n’y en aura pas. L’accouchement a tourné au drame. La rupture utérine a nécessité une césarienne d’urgence. Un code rouge, dans le jargon médical, pour Fatiha devenue polyhandicapée à plus de 90 %. « Notre bébé s’est asphyxié », glisse Mounir.

Penchée sur son lit, Camille parle à sa fille en lui caressant les cheveux. Elle lui murmure des mots doux. Fatiha ne peut pas les entendre. Ni croiser son regard. Elle est sourde, aveugle et n’a pas de motricité. Elle ne peut ni manger, ni respirer sans appareils. Ses parents viennent la voir tous les jours. « Dès que je me lève et quand je me couche, j’appelle le service pédiatrique, glisse Camille. Ça compense le fait que je ne peux pas m’occuper d’elle. »

Elle ne quitte pas sa fille des yeux. Pas question de laisser cette tache sur sa robe jaune. Camille choisit avec soin une nouvelle tenue. « Il y a deux semaines, elle a gémi. Ça lui est arrivé deux, trois fois. C’est presque un miracle. »

Tout l’opposé de ce que ce couple imaginait. Tous deux parents de deux enfants, ce bébé était le fruit de trois ans d’amour. « Fatiha était attendue avec impatience. » Venus de Paris, cette employée dans l’immobilier et cet entrepreneur n’avaient pas prévu de s’installer dans le pays de Vannes. « Nous étions venus pour rénover et vendre un appartement à Lorient. Nous y avions organisé le suivi de grossesse. » Le retour à Paris devait se faire peu après l’accouchement.

De cette nuit-là, le couple se souvient de tout. « Trois semaines avant le terme, le médecin m’a parlé de déclenchement. Il y avait suspicion de macrosomie fœtale ». Péridurales, contractions intenses, poche des eaux rompue, douleurs… Tout s’enchaîne : « Je pleurais, je n’étais pas bien. Je commençais à vomir… » Son utérus se déchire. Le code rouge est déclenché pour extraire le bébé.

Mounir raconte la suite. « Le pédiatre m’a dit que le bébé risquait d’avoir des séquelles neurologiques. J’étais sous le choc. Je n’ai pas tout compris ». Fatiha est transférée au service néonatologie de Brest, placée en hypothermie et coma artificiel. Le lendemain, ses parents la rejoignent. Chacun encaisse à sa façon. 

« À ce moment, tout s’écroule », pour Mounir. « Je n’arrivais pas à pleurer. J’étais dans un autre monde, ajoute Camille. Tout ce que vous avez prévu. Le peau-à-peau, l’allaitement… On vous enlève tout. Je ne pouvais même pas prendre mon bébé dans les bras. » Ils évoquent aussi l’espoir qui les tient debout : « Les médecins sont flous. On sait qu’ils nous préparent au pire. »

L’association La brise, qui œuvre en faveur des soins palliatifs pédiatriques, les accompagne. « Nous sommes en contact régulier ». Le couple a aussi rempli une fiche d’urgence indiquant les gestes médicaux à réaliser en cas de complications. « Son cas est si lourd qu’il peut y en avoir à tout moment. Elle est tous les jours exposée à la mort. Jusqu’où peut-on aller pour la soulager ? C’est une question grave, ajoute Mounir. Nous avons fixé des limites. On la laissera partir en cas de complication. On ne veut pas d’acharnement. On refuse tout ce qui peut lui faire du mal. »

Voilà plus de 9 mois que Fatiha est là. Son nounours l’attend toujours dans sa chambre, à la maison qu’ils ont fini par aménager, dans le pays de Vannes. « Ce n’est pas une vie pour elle », confie son père.

D’ici quelques jours, les médecins, l’association La Brise et le couple se réuniront. « Nous voulons faire le point sur l’évolution de sa santé. Elle survit. Mais a-t-on le droit de la maintenir comme ça ? », s’interroge son père.

Sa femme « n’est pas encore prête », selon lui. Camille ne dément pas et parle de petites victoires. « Elle est sensible au toucher. Je suis sûre qu’elle ressent notre présence. » Le mot n’est jamais prononcé. « Aucun parent n’est prêt pour ça. » Eux ont abandonné tout projet. «  Notre quotidien, c’est l’hôpital et notre impuissance. »

Ce qui dit la loi

Les directives anticipées

La loi relative aux droits des malades et à la fin de vie est plus connue sous le nom de loi Leonetti. Promulguée le 22 avril 2005, elle permet d’arrêter ou de limiter les traitements, comprenant l’alimentation et l’hydratation, des malades en fin de vie selon leur volonté. Ceux-ci peuvent s’accompagner de soins palliatifs pour éviter aux personnes de souffrir. Le patient qui est dans l’incapacité d’exprimer sa volonté aura pu le faire en remplissant ses directives anticipées ou par le biais d’une personne de confiance. « Les directives anticipées sont comme un testament qu’il faut remplir de manière lucide », détaille Renée Jeanjean, déléguée du Morbihan de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité.

La loi Leonetti-Claeys

Promulguée en 2016, celle-ci vient renforcer les droits des malades, notamment en permettant une sédation profonde et continue. Il s’agit concrètement d’endormir la personne jusqu’à sa mort pour lui éviter toute souffrance. Il ne s’agit ni d’un suicide assisté, ni d’une euthanasie. Et si le médecin juge la demande inappropriée ou non-conforme à la situation médicale de son patient ? « Un collège de médecins doit se réunir pour décider si ou non, l’état de santé du patient permet de mettre en œuvre la loi Leonetti », ajoute Renée Jeanjean. L’arrêt des traitements et la prise de sédatifs sont effectués par le corps médical.

Qu’en est-il des mineurs ?

« C’est une décision collégiale des médecins avec les parents, ajoute la déléguée départementale. Ce n’est jamais imposé. »

REVUE DE PRESSE :

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