Six ans après le décès de Mélissa des suites de son accouchement, sa famille réclame justice.

Les proches de la jeune femme de 25 ans, morte en 2014 d’une infection généralisée après avoir accouché, dénoncent la lenteur de l’enquête. En 2018, l’hôpital a été mis en examen pour homicide involontaire.

Six ans plus tard, la colère de Michaël Praxo est toujours aussi vive. Le 5 juin 2014, ce chauffeur de bus originaire de Neuilly-sur-Marne a perdu sa compagne, mère de ses quatre filles, décédée au centre hospitalier intercommunal André-Grégoire de Montreuil des suites d’un sepsis.

Cinq jours plus tôt, le 31 mai, Mélissa avait donné la vie dans cet hôpital public à leur 4e enfant, Alyssa. « Juste après son accouchement, ma compagne a eu de très fortes douleurs. On lui a donné des médicaments, mais personne n’a vraiment cherché à comprendre pourquoi elle souffrait. Elle n’a pas été prise en charge correctement », estime le père de famille, qui a porté plainte contre X le lendemain de sa mort.

Cette procédure judiciaire a finalement engendré la mise en examen de l’hôpital en août 2018 pour « homicide involontaire ».

«L’affaire traîne, laissant cette famille meurtrie»

Mais deux ans plus tard, « le dossier n’avance pas », regrette Me Romain Boulet, l’avocat de Michaël Praxo, qui s’est donc résolu à médiatiser l’affaire. « Ce drame met en exergue le vide pénal qui entoure la violence ordinaire. Dans cette affaire, des gens ont fait des erreurs, mais il n’y a pas eu d’acte de violence à proprement parler, donc il n’y a pas besoin d’apaiser la société. Il n’y a pas de détenu, donc pas de soucis de délais. Alors elle traîne, laissant cette famille meurtrie. »

Comment est décédée Mélissa ? La jeune femme de 25 ans avait quitté l’hôpital deux jours après son accouchement – avec l’accord du personnel – malgré ses douleurs.

Dans la nuit qui suit son retour chez elle, celles-ci persistent. Michaël Praxo contacte alors les pompiers qui les redirigent vers SOS Médecins. Mélissa se plaignant du dos, le docteur qui se déplace diagnostique une sciatique et lui prescrit des médicaments.

Renvoyée chez elle deux fois sans aucun examen biologique ni d’imagerie

Le lendemain, deux sages-femmes venues dans le cadre d’une visite post-accouchement décident d’appeler les urgences en voyant son état. Elle repart donc au CHI de Montreuil, où on lui prescrit notamment de la morphine. Elle quitte de nouveau l’établissement dans la soirée sur décision du personnel médical, d’après ses proches. Aucun examen biologique (prise de sang, d’urine…) ou d’imagerie n’est effectué.

Le lendemain, mercredi, elle décide cette fois de se rendre aux urgences de la clinique Armand-Brillard de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne). Un médecin de l’établissement décide alors de la transférer à nouveau vers l’hôpital de Montreuil, suspectant « un état de choc probablement septique à J+3 du post-partum, d’origine indéterminée ».

C’est dans cette clinique qu’on lui fera passer un bilan biologique dont les résultats ne seront connus qu’après son transfert au CHI à 14 heures. À Montreuil, les médecins posent finalement le diagnostic d’un sepsis sévère sans savoir s’il est d’origine digestive ou gynécologique. Les médecins réanimateurs n’arrivent qu’à 15h30 et l’antibiothérapie n’est mise en place qu’à 16 heures, « soit trois heures après le début du choc septique ».

L’avocat de la famille énumère une suite «d’erreurs»

L’équipe médicale décide alors de pratiquer une cœlioscopie. Elle constate que sa trompe et ses ovaires sont violacés, réalisent un lavage péritonéal, prescrivent un traitement et décident de ne pas procéder à l’ablation de son utérus dans un premier temps.

Des examens complémentaires laissent suspecter une infection invasive à streptocoque A. Dans la soirée, Mélissa est prise d’une forte fièvre. L’équipe décide finalement de réaliser une nouvelle opération pour lui enlever l’utérus. Le lendemain, sa situation empire et l’infection à streptocoque A est confirmée. Elle décède à 20h49.

A-t-elle attrapé ce streptocoque à l’hôpital ? Il est aujourd’hui impossible de l’affirmer. « Ce n’est pas tant l’endroit où elle l’a attrapé qui compte que la façon dont elle a été traitée. Il y a eu des erreurs : l’absence d’examen biologique dans un premier temps, la lenteur de l’intervention des réanimateurs, la décision de ne pas enlever son utérus lors de la 1re opération… », énumère Me Boulet.

Des défauts dans la prise en charge diminuant de 60% ses chances de survie

Pour obtenir un dédommagement financier, la famille a lancé deux procédures au civil en attendant un éventuel jugement au pénal. Michaël Proxa a sombré dans la précarité après le décès de sa compagne. « J’étais chauffeur poids lourd. J’ai dû arrêter de travailler pour m’occuper de mes filles, retourner vivre chez mes parents », souffle le père de famille, qui a depuis retrouvé un emploi stable.

Dans leur rapport, les experts de la commission régionale de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux d’Ile-de-France ont estimé que les défauts dans la prise en charge de Mélissa ont réduit ses chances de survie de 60%.

Le CHI de Montreuil – qui rappelle avoir fait une proposition financière à la famille après son décès – explique de son côté attendre les conclusions de la justice. Contacté, le parquet de Bobigny n’a pas été en mesure de répondre aux questions du Parisien. 

REVUE DE PRESSE :

via LE PARISIEN : https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/six-apres-le-deces-de-melissa-a-l-hopital-de-montreuil-sa-famille-reclame-justice-16-08-2020-8368653.php

Publié par

ATIDE

L’ATIDE est la seule association qui recense, informe et soutien les familles dont les enfants sont décédés ou handicapés des suites d’accouchements traumatiques, de l’usage des médicaments ocytociques (Oxytocine, Syntocinon…) et des dispositifs d’extractions instrumentales (spatule, forceps, ventouse).