Pr Israel NISAND, président du CNGOF : « Y a-t-il un pilote dans l’avion obstétrique française ? »

Interview du Pr Israël NISAND, président du CNGOF depuis 2017, sur le label MATERNYS. Congrès Paris Santé Femme, janvier 2020.

  • Professeur NISAND, merci d’être là pour cette interview. Tout d’abord je voudrais que vous reveniez sur le partenariat avec le Collège et pourquoi ce label MATERNYS ?

Pr I.N : Le label MATERNYS est né du fait que beaucoup de femmes reprochaient aux maternités, aux suivis de grossesses de ne pas être transparents et parfois même de ne pas être bientraitants. ME TOO a déclenché une vague de reproches à l’égard des maternités dont certains sont liés à une complication inopinée et d’autres sont liés à des vrais mots malheureux ou à des gestes qui n’ont pas été expliqués, à des défauts de consentements etc.

Devant cette vague de critiques et de reproches, nous nous sommes dit qu’on ne pouvait pas rester inertes et ne pas bouger. C’est de là qu’est né le label MATERNYS, ou le label du Collège, qui est un label qui tourne autour de la bientraitance.

Nous souhaitons montrer aux patientes que telle maternité ou telle autre a mis la bientraitance au cœur de ses préoccupations. Et lorsqu’une maternité le souhaite nous lui demandons de respecter un certain nombre de règles du jeu qui sont les normes de bientraitance du Collège, qui vont surement évoluer, qui vont s’améliorer, qui vont devenir un peu plus difficiles au fur et à mesure.

Et quand elle le fait, les patientes de cette maternité ont la possibilité de se logguer sur une application. Application qui nous permet de vérifier que la maternité respecte bien ses engagements. Donc transparence :

Qu’est-ce qui se passe dans la maternité où je vais accoucher ? Combien d’épisiotomies ? Combien de césariennes ? Combien de forceps ?

Mais aussi possibilité de vérifier, non pas en demandant aux médecins et aux sages-femmes, parce que ceux-là ils sont toujours contents de leur travail, mais en demandant directement aux patientes :

Est-ce que c’était bien ? Qu’est-ce qui n’a pas été ? etc…

De manière à que les maternités puissent continuer de s’améliorer en terme de bientraitance.

  • En quoi était-ce important pour vous d’associer BRANCHET à ce label et à toute cette démarche de labélisation des maternités ?

Pr I.N : Alors il y a deux choses :

Les assureurs, et BRANCHET en fait partie, sont préoccupés de la satisfaction des patientes parce que le premier mobile d’une plainte c’est l’insatisfaction.

C’est quand les choses ne se sont pas bien passées que on peut avoir un sentiment de préjudice.

Très clairement, on a des règles en France en terme d’information avec ce qu’on appelle « l’inversion de la charge de la preuve ».

Nous n’arrivons pas en consultation à donner toutes les informations que nous devrions donner aux patientes. Puisque nous n’arrivons pas à les donner, nous sommes, comme on dit de manière un peu vulgaire, « prenables ».

On peut à tout moment dire : « Ah je n’ai pas été informée. »

Et même si la patiente a été informée, nous sommes en général incapables d’apporter la preuve que nous avons donné cette information.

Avec le label cette affaire-là est terminée. Une femme qui lit les informations sur l’épisiotomie ne pourra pas dire qu’elle ne les a pas lues, puisque nous on garde la trace du fait qu’elle les a lues.

Et une femme ne pourra pas dire qu’elle n’a pas compris les informations car on vérifie également son degré de compréhension.

Donc le très grand avantage du label est un avantage coté médecin et coté assureur.

Un avantage de trace de l’information donnée mais c’est aussi le fait que nous on a la certitude que la femme a eu toutes les informations.

Je vais vous donner un exemple : sur le dépistage de la Trisomie 21.

Je tiens pour rassurer que les informations sont tellement difficiles à donner, tellement complexes qu’il y a déjà des médecins qui ne comprennent pas tout (les histoires de percentiles etc…). A fortiori par les patientes !

Hors c’est extrêmement important. Donner cette information de manière neutre avec les données du Collège, ça nous permet d’avoir la certitude que la femme non seulement les a entendues mais a pu les réécouter,  a pu les re-réécouter, a pu les faire entendre à son mari.

Ce qui est pas du tout le cas des informations données en consultation. Donc il s’agit de hausser le niveau de l’information des patientes d’en acquérir la preuve qu’elles ont été données mais aussi d’aller vérifier vers les patientes ce qu’elles ont ressenties au moment de leur suivi de grossesse et de leur accouchement. En d’autres termes ce qu’on a voulu mettre à l’honneur et faire voir aux patientes c’est : « Voila, cette maternité là si tu y vas nous, Collège, on garantit qu’ils sont préoccupés de bientraitance. »

Ce que nous ne pouvons pas faire pour toutes les maternités de France hélas.

  • Est-ce que vous pensez que c’est grâce au numérique et à toute cette vitalisation de la santé qu’on peut aujourd’hui faire ça ?

Pr I.N : On innove parmi les spécialités aujourd’hui parce qu‘on est la première qui vient pas mesurer la qualité des soins chez les docteurs ou chez les sages-femmes, mais qui mesure la qualité des soins auprès des principaux récipiendaires que sont les patientes.

Donc ca va. Rassurez-vous dans 5 ans tout le monde fera pareil !

Dans toutes les autres disciplines. Il y a plein de disciplines qui nous regardent. Les cardiologues, les orthopédistes disent :

« On regarde ce qui se passe chez les obstétriciens, si ca marche et ben on fera pareil. »

Nous l’année prochaine on va faire la pathologie de grossesse. L’année d’après on va faire la chirurgie gynécologique. L’année d’après on fera la fécondation in vitro et probablement l’IVG.

Je veux que les femmes qui viennent pour une IVG dans une maternité française qu’on explore leur degré de satisfaction en aval et quand on le fera les femmes seront mieux accueillies.

Donc il y a un effet « name and shame» dans cette affaire-là qui plait pas trop aux collègues encore qu’il y en a beaucoup qui travaillent sur la bientraitance depuis longtemps et qui disent : « Ben le label pour nous ca tombe de source, c’est une évidence. »

Ce que j’aimerai bien, c’est que de plus en plus de structures ne soient plus obsédées par :

« On a pas assez de personnel, on manque de moyens etc…»

mais qu’elles disent :

« Ok, on a pas assez de personnel, on manque de moyens mais en tout état de cause la bientraitance, c’est la principale de nos préoccupations. »

  • Vous pensez que ça va réveiller des vocations pour tous ces gynécos qui ne veulent plus faire d’obstétrique ?

Pr I.N : Non. Les gynécos qui ne veulent plus faire d’obstétrique, c’est un problème de structure dans notre pays.

Et c’est une autre question que vous posez : c’est qui accouchera nos filles demain ?

Ça c’est une vraie question ! On va être obligé de fermer une cinquantaine de maternités faute d’obstétriciens. Mais là, ça fait 20 ans qu’on pilote mal la voiture.

Ma question c’est : Y a-t-il un pilote dans l’avion obstétrique française ?

Et la réponse est : Les gens qui ont pris des mauvaises décisions, ils sont à la retraite. Personne ne viendra leur tirer les pieds.

Il n’y aura pas assez d’obstétriciens. On va être obligé de fermer des structures. Mais les structures reconcentrées avec des plus gros moyens, faudra qu’elles restent bientraitantes.

Le but du label, et merci à BRANCHET de nous aider à le diffuser, c’est d’augmenter la bientraitance dans les maternités.

Publié par

ATIDE

L’ATIDE est la seule association qui recense, informe et soutien les familles dont les enfants sont décédés ou handicapés des suites d’accouchements traumatiques, de l’usage des médicaments ocytociques (Oxytocine, Syntocinon…) et des dispositifs d’extractions instrumentales (spatule, forceps, ventouse).