La naissance traumatique de Johan

Voici le récit brut de mon accouchement, tel que je l’ai vécu, tel que je l’ai senti et ressenti. Lors de la rédaction Johan était âgé de 3 mois. Je n’avais pas à ma disposition les informations que j’ai obtenues quelques années plus tard lors de ma demande de mon dossier médical.

Après une grossesse sans nuages je suis arrivée seule à la maternité à 14h pour le RDV de dépassement de terme + 2jours. Rapidement on pratique un examen Doppler et une petite anomalie du rythme cardiaque fœtal est décelée. Mon col est fermé. On me fait passer une écho et là on s’aperçoit que j’ai une fissure de la poche des eaux ( je ne m’en était pas rendue compte). Lors de l’auscultation gynécologique je saigne pour la première fois de toute ma grossesse.

J’interroge le personnel sur l’état de santé de mon bébé et on me dit qu’il va bien et on décide de me faire passer une échographie. On me dit que la poche des eaux est fissurée. Je ne le savais pas. Je redemande avec inquiétude si bébé va bien et on me répond que oui. La décision est alors prise de déclencher l’accouchement et je suis hospitalisée.

On me pose le tampon à 16h30. La fin de journée se passe bien, je ne ressens aucune contraction. L’effet du tampon n’a pas été immédiat j’ai ressentie les 1ères contractions vers une heure du matin et elles étaient supportable. Personne n’est venu me voir pendant la nuit, ni contrôler quoi que ce soit.

L’entrée en salle de naissance été prévue initialement à 4h du matin, puis repoussé à 7h30. Le réveil est à 7h, je prends une douche et on me fait entrer dans la salle de naissance à 7h30.

On me pratique un 1er examen gynécologique rapidement après mon arrivée et il est constaté aucune dilatation du col. Le tampon a été inefficace. On me pose la perfusion de déclenchement vers 8h. A partir de ce moment ma journée ne sera que souffrances.

Violentes contractions ressenties rapidement. Atroce je souffre terriblement. Je me tords, aucune position ne parviens à me soulager. Examen gynécologique toutes les heures. Au bout de 3 heures mon col n’a pas bougé. Toujours fermé de chez fermé. Alors on me soulage, on me pose la péridurale… la pose s’est mal passée l’anesthésiste était très désagréable, elle n’a même pas pris la peine de se présenter à moi. Une sage-femme m’a confié qu’elle était comme ça avec tout le monde. Ah bon et on laisse faire… bref le soulagement est rapide.

Les heures défilent (et les examens gynécologiques aussi) et à 13h j’étais dilaté a seulement 1 cm. Je n’en pouvais plus et le bébé commençait à montrer que lui aussi en avait marre il a eu de nombreuses décélérations cardiaques (surtout quand on me mettait sur le coté). J’étais inquiète mais les sages-femmes me rassuraient et je leur faisais confiance. J’ai mal, mon enfant aussi. Je réclame une césarienne en début de soirée. On me la refuse, on me dit que ça va se débloquer et j’y crois.

Puis tout s’est accéléré le soir mon col s’est dilaté très vite passant à 7 vers 21h30. La gynéco procède alors à des test de PH gazeux sur la tête de mon bébé ( ça consiste à utiliser un petit scalpel et a faire une petite coupure sur le haut de la tête du bébé pour prélever une goute de son sang et ainsi analyser le taux d’oxygène). Les résultats sont bons ( il y a eu 2 ou 3 fois ce test pendant mon accouchement).

Puis vers 23h mon col est à 9 je me dis enfin je vais bientôt rencontrer mon bébé. Les sages-femmes me préparent a accoucher et un docteur vient me passer une échographie pour voir si le bébé est bien engagé ou non. Et là je comprends qu’il n’est pas bien engagé.

Les sages-femmes m’encouragent mais rien n’y fait j’ai l’impression de pousser dans le vide je n’en peux plus ça fait 16 h que je suis dans cette salle de naissance. J’ai été déclenchée la veille ça fait plus de 30h que j’accouche ! Puis on me refait un test de PH et les résultats arrivent en 2 minutes ils ne sont pas bon et tout le monde s’affole la gynéco me dit « on vous emmène au bloc on va vous faire une césarienne ».

Arrivée sur le bloc au moins 6 personnes m’attendent on m’installe sur le bloc et là on me redemande de pousser, puis revient la ventouse… mais pourquoi s’obstinent ils à faire naître mon bébé par voie basse ??? Faites le sortir putain !!!!!! Ca marche toujours pas et là la gynéco se met à crier : « bon allez on opère ! ». Le champs opératoire est dressé devant moi. On m’injecte de la morphine je peux encore bouger mes jambes et là l’horreur je sens absolument tout l’anesthésie n’a pas eu le temps de faire effet. J’ai le souffle instantanément coupé au moment ou je sens les chirurgiens presser mon ventre pour « placer le bébé » c’était incroyablement douloureux on aurait dit qu’un éléphant me piétinait le ventre je suis suppliciée. Je criais pas j’y arrivais pas je ne respirais plus je regardais le plafond les yeux grands ouverts je priais pour que tout s’arrête puis le moment de l’incision, les visages de mes parents et mes soeurs me sont apparus sortis de nulle part puis la pose d’instruments, puis la main qui entre en moi attraper mon bébé…. Et là mon miracle dans cet enfer : mon bébé pousse ses premiers cris on me le montre pas ils l’emmènent.

Il part immédiatement être examiné par un pédiatre afin de procéder à une éventuelle réanimation. Johan a eu un AGPAR à 7. Entre temps moi je continuais de souffrir sur le bloc. J’ai senti « l’aspirateur a placenta », puis le terrible moment où ils referment la plaie… J’arrivais même pas à hurler à cause de ma crise de tremblement…. Puis 1/2h après que mon bébé soit sorti on me l’a enfin présenté il pleurait. On a collé sa petite tête à la mienne et là le temps s’est arrêté : je l’ai appelé il s’est tout de suite arrêter de pleurer.

Après avoir passé une heure en salle de réveil j’ai pu le rejoindre dans l’intimité de notre chambre. Johan était très calme, mais alors d’un calme absolu. Et moi en état de choc. Il était 1h du matin nous nous sommes vite endormi. A 5h30 je suis tirée du sommeil par des pleurs. J’étais même plus capable de soulever Johan tant j’étais épuisée j’appelle la puéricultrice pour qu’elle l’emmène se reposer quelques heures en pouponnière. A peine rendormie que je suis informée que Johan « montre des signes de fatigue » et qu’il est envoyé pour examen en néonatalité. J’apprends au petit matin qu’il a été et est toujours pris de fortes convulsions. Rien ne va plus. Je ne comprends rien de ce qui se passe. Nos vies basculent. Les examens se sont enchainés à une vitesse folle. Il a passé des electro-encephalogrammes, des échographies-transfontanelles, une ponction lombaire, des analyses de sang, un scanner cérébral et enfin une IRM cérébrale.

Le verdict est absolument terrible et sans appel : Johan est multi lésé cérébral. Presque tout son petit cerveau est atteint. Ses lésions sont d’origine anoxo-ischémiques, c’est à dire par manque d’oxygène et de sang. On ne me dit rien sur l’origine de son mal. Nous sommes rentrés chez nous 2 semaines plus tard, une fois l’épilepsie contrôlée par anti-epileptiques.

On nous a lâché un glacial « faudra anticiper les retards » dis dans mon dos alors que je sanglais Johan dans son cosy.

Un mois plus tard j’ai reçu la liste complète de ses lésions cérébrales et son compte-rendu d’hospitalisation par La Poste.


Liste des lésions cérébrales de Johan et de ses traitements anti-épileptiques (compte-rendu d’hospitalisation reçu par La Poste)

Ce que j’ai appris des années plus tard en demandant mon dossier médical :

  • Des test de PH ont eu lieu bien avant le premier que j’ai eu à 21H30. En fait on m’en a fait dès 15h30, sans mon consentement. Et celui de 21h30 ne m’a pas été transmis dans le dossier médical.

  • Concernant ces test de PH, j’ai appris que Johan a eu en complément à chacun de ses test de PH des analyses biochimiques de son sang. Et ces analyses n’étaient pas bonnes du tout. J’ai ainsi découvert la présence de lactates à un taux très élevé, un Déficit de Base très élevé et autres données allant dans le sens d’une acidose métabolique, ce qui indique un manque d’oxygène. Ces données à 15h30 étaient non pathologiques. Il y a bien eu une nette élévation de ces données durant l’accouchement. La maternité me rendrait l’analyse de 21h30 ce serait bien car dans le dossier médical on passe du test de 17h à celui de…23h ! Rien entre les deux alors que je suis formelle j’ai eu ce test à 21H30.

  • Johan a développé un oedème cérébral vu quelques jours après son admission en néonatalité. Jamais on ne m’en avait parlé ni indiqué dans un document en ma possession. La présence d’un oedème cérébral peut être un élément déterminant pour fixer la date de l’événement à l’origine du manque d’oxygène et des lésions cérébrales. Car LA question, c’est bien de savoir si les lésions cérébrales se sont produites avant ou pendant l’accouchement. Johan a eu une échographie trans-fontanelle à son arrivée en néonatalité à 6 heures de vie. L’examen était normal c’est écrit noir sur blanc et a eu lieu 2 fois de suite. Il faut savoir que lors d’une agression cérébrale, l’oedème ne se forme pas immédiatement. Il est secondaire à l’agression et il met de quelques heures jusqu’à 24h pour se former. Le cerveau de Johan n’avait rien à l’admission. Ce qui pourrait être un élément médico-légal majeur en faveur d’une hypoxie survenue pendant l’accouchement.

Echographie Trans-Fontanelle (ETF) normale à l’admission (dossier médical)
Révélation de l’oedème cérébral à l’ETF à 3 jours de vie (dossier médical)
Révélation à l’IRM cérébrale passée à 5 jours de vie de la présence de l’oedème qui est qualifié de type « cytotoxique » (dossier médical)
  • J’ai appris en demandant mon dossier médical que l‘intégralité des enregistrements cardiaques de Johan n’y étaient pas ! Ces enregistrements pourraient apporter l’explication de ce qui est arrivé a Johan pendant l’accouchement, comme par exemple un problème majeur avec son cordon. Les enregistrements ont tous disparus. Formellement interdit par la loi Kouchner et une jurisprudence existe à ce sujet.
  • Je découvre dans le dossier médical que Johan a changé de présentation 3 heures avant sa naissance, ajoutant une nouvelle complication au déroulé de l’accouchement. Il s’est retrouvé en position dite « OIDP« . Il était de biais, compliquant davantage sa descente.
Changement de position de Johan (dossier médical)
Les différentes positions (source)
  • En consultant mon dossier médical je découvre que mon accouchement était classé comme « compliqué de signes biochimiques de détresse foetale« , que le travail était « dystocique« . J’apprends l’existence d’une « hypoxie intra utérine sans précision« , que le travail a été compliqué « d’anomalies du rythme cardiaque foetal (RCF) », que j’ai eu des anomalies de la contraction utérine et de la la dilatation du col et enfin que mon utérus était devenu inerte.
Codage utilisé ( dossier médical)
Codage utilisé (dossier médical)
Codage utilisé (dossier médical). (Obligé de faire des recherches pour obtenir les traductions des codes).

  • Je retrouve la preuve de mon atroce souffrance physique lors de la césarienne sur le bloc opératoire. Pic à l’incision. Cœur a 150. Tension à 170. Et j’ai bien eu la ventouse a même le bloc avant l’intervention. Je me suis plainte de ma souffrance. J’apprends dans le dossier médical que l’on a tenté de me faire revenir sur ce que j’ai dit alors que j’étais en état de choc avec Johan qui luttait pour sa vie.
Relevé tension/poul pendant la césarienne (dossier médical)
Ventouse au bloc opératoire (dossier médical)
  • Le dossier médical précise les indications des examens que Johan a passé en néonatalité. La première indication commune à ces examens que j’ai retrouvé dans le dossier était « Accouchement difficile. État de mal convulsif ». Le dossier médical parle de naissance dans un « contexte traumatique », altéré en « avec notion« . Le compte-rendu d’hospitalisation que j’ai reçu par La Poste indiquait que l’état de Johan était « en l’absence de contexte périnatal évocateur » et ne mentionne pas que l’accouchement a été difficile.
Indication scanner (dossier médical)
Indication IRM (dossier médical)
« en l’absence en outre de contexte périnatal évocateur » (compte-rendu d’hospitalisation reçu par La Poste)
« Dans contexte de naissance traumatique » altéré par « avec notion » (dossier médical)
  • J’apprends dans le dossier médical que Johan n’a pas eu d’infection pouvant expliquer l’origine de son mal neurologique. Moi non plus je n’ai pas eu d’infection. Rien de retrouvé dans le placenta. Absolument tous les examens sont revenus négatifs et stériles. Il est pourtant écrit dans les conclusions du compte-rendu d’hospitalisation : « suspicion non-confirmée d’infection« .
Plan infectieux
Conclusions (compte-rendu d’hospitalisation reçu par La Poste)

En recherche de vérité sur ce qui est arrivé à Johan, qui est aujourd’hui gravement handicapé, j’ai engagé une procédure en recherche d’erreur médicale et pour altération du compte-rendu d’hospitalisation.

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